Une femme ou un homme se rend au commissariat ou à la gendarmerie pour signaler une disparition.
Oui mais la disparition de qui ou de quoi ? C'est ce que je vous demande d'écrire en imaginant comment cette femme ou cet homme raconte l'affaire et ce qu'il se passe.
Pour réaliser l'exercice il faut d'abord décider ce qui a disparu. ça peut être une personne, un objet, une valeur (ex : la liberté) une période (ex : son enfance)... La disparition peut être inventée ou être un souvenir etc...

Olivier

La disparition

(Pièce en trois actes)

 

Acte I

Le hall d’accueil du Commissariat. Au mur, les portraits de malfaiteurs recherchés, des affiches incitant les jeunes à s’engager dans la police. Un agent tape sur un clavier d’ordinateur devant un écran qui a oublié d’être plat. Deux femmes et un jeune homme attendent, assis sur des chaises obsolètes, visiblement depuis longtemps. Le jeune homme regarde ses pieds. Une des femmes est penchée sur son téléphone portable et l’autre exprime par des soupirs bruyants son impatience et son exaspération. N’en pouvant plus elle se lève et s’adresse à l’agent d’accueil.

La femme _ Il y en a pour longtemps ? J’ai les enfants à chercher à l’école, moi !

L’agent _ Asseyez-vous, Madame s’il vous plait. L’Inspecteur va vous recevoir.

La femme _ Si je savais au moins pourquoi vous m’avez convoquée…

L’agent _ Vous le saurez dès que l’inspecteur vous aura reçue. Et croyez-moi, ce sera bien assez tôt !

La femme s’assoit avec un soupir résigné. Entre dans le hall un homme très agité. Il se dirige vers le guichet et interpelle l’agent.

L’homme _ C’est ici qu’on porte plainte ?

L’agent _ Veuillez attendre votre tour.

L’homme _ Je veux signaler une disparition…

L’agent _ Est-ce une disparition inquiétante ?

L’homme _ Si ce n’était pas inquiétant, je ne serais pas là…

L’agent _ C’est une disparition d’enfant ? Un adulte ? Une femme ? Un homme ?

L’homme _ Il s’agit d’un homme.

L’agent _ Remplissez ce formulaire. Pour la disparition d’un adulte, vous cochez les cases 3B ; 5C ; E16 ; J14… De quand date la disparition ? Aucune plainte pour une disparition d’adulte n’est recevable si la disparition a été constatée il y a moins de 72 heures. Quand avez-vous constaté la disparition ?

L’homme _ Il y a cinq jours.

L’agent _ Remplissez le formulaire, je vais voir si un inspecteur peut vous recevoir.

Tandis que l’homme rempli le formulaire appuyé au comptoir, l’agent se lève et quitte la pièce. Quelques minutes plus tard, il revient et s’approche de l’homme.

L’agent _ C’est le commissaire Marceau en personne qui va vous recevoir. Vous prenez les escaliers et montez au premier étage, le bureau de commissaire est au bout du couloir à droite. Le nom est écrit sur la porte.

La femme (en aparté) _ Il y a vraiment des pistonnés…

Acte II

Dans son bureau, le commissaire Marceau s’est levé pour accueillir l’homme. Il lui tend la main et lui fait signe de s’asseoir dans un fauteuil. Lui-même s’assoit face à lui, de l’autre côté du bureau. Il a l’air fatigué, cheveux blancs et moustache blanche. Un homme très soigné, un Commissaire de la vieille école…

Le Commissaire _ On me dit que vous voulez signaler une disparition inquiétante. Un adulte, un homme qui aurait disparu depuis 5 jours. Puis-je vous demander comment vous vous êtes rendu compte de sa disparition.

L’homme _ C’est très facile, d’habitude, il est toujours avec moi…

Le Commissaire _ Puis-je savoir qu’elles sont vos relations avec cet homme ?

L’homme _ Elles sont généralement très bonnes…

Le Commissaire _ Vous êtes très agité, vous avez l’air inquiet. Essayez de vous calmer, nous y verrons plus clair…

L’homme _ Comment voulez-vous que je me calme alors qu’il a disparu…

Le Commissaire _ Vous semblez très proches l’un de l’autre…

L’homme _ Très en effet…

Le Commissaire _ En quoi êtes-vous attaché à lui, en quoi êtes-vous si proches ?...

L’homme _ Mais en tout, évidemment !

Le Commissaire _ Excusez-moi si je suis un peu brusque, si je vous choque. Cet homme est-il votre amant ?

L’homme _ Je ne comprends pas la question…

Le Commissaire _ Bien… Passons sur cela pour le moment. Vous dites que vous vous êtes rendu compte de sa disparition il y a 5 jours. Pouvez-vous me dire dans quelles circonstances exactement ?

L’homme _ Il était dans son bain, sa baignoire…

Le Commissaire _ Et il a disparu ?

L’homme _ Oui, d’un coup. Je me suis rendu compte qu’il n’était plus là.

Le Commissaire _ C’est étrange… On ne disparait pas ainsi en prenant un bain…

L’homme _ C’est pourtant ce qui s’est passé. Je me suis rendu compte d’un coup qu’il n’était plus là.

Le Commissaire _ Mais vous êtes sûr qu’il était dans son bain juste avant ?

L’homme _ Oui, sinon comment aurais-je su qu’il avait disparu ?

Le Commissaire (assez bas) _ Je me le demande effectivement…

L’homme _ Vous devriez engager les recherches sans tarder. Je crains que quelque chose de grave ne lui soit arrivé…

Le Commissaire _ Toutes mes questions visent à essayer de trouver où commencer ces recherches. Où était-il exactement quand il a disparu ?

L’homme _ Je vous l’ai dit, dans le bain, la baignoire ?

Le Commissaire _ Mais où exactement ? Où se trouve cette baignoire ?

L’homme _ Dans la salle de bain évidemment, c’est en général là que se trouvent les baignoires…

Le Commissaire (très agacé) _ Et elle est où cette salle de bain ?

L’homme _ Chez moi, bien sûr ! Où voulez-vous qu’elle soit ?

 

Acte III

Dans l’appartement de l’homme. Un canapé, un fauteuil, une table et des chaises. Rien de luxueux. Il y a le Commissaire, l’homme et un expert de la police scientifique.

L’expert _ Nous avons fouillé la maison, il n’y a aucune trace de lutte.

Le Commissaire _ C’est plutôt rassurant…

L’expert _ Mais il n’y a aucune trace du disparu non plus…

Le Commissaire _ Ça, c’est plus inquiétant…

L’homme _ Je vous l’avais dit, c’est une disparition inquiétante.

Le Commissaire _ Ce que je ne comprends toujours pas, ce sont vos relations exactes avec le disparu…

L’homme _ C’est assez complexe…

Le Commissaire _ Prenez le temps de nous l’expliquer, cela aiderait bien l’enquête.

L’homme _ Vous savez comment c’est, les relations. Quand on n’y pense pas, tout à l’air simple et normal. Mais quand un événement vient perturber le cours de l’histoire, on se rend compte que les choses ne vont pas de soi…

Le Commissaire (avec impatience) _ Dans le cas présent, c’est le moins qu’on puisse en dire…

L’expert _ Savez-vous comment il était vêtu ? Nous n’avons trouvé aucun autre vêtement ici que les vôtres…

L’homme _ Ça ne m’étonne pas, je vous ai dit qu’il avait disparu dans son bain. On ne prend généralement pas son bain tout habillé.

La Commissaire _ S’il s’agit d’une fugue, il a bien dû s’habiller. Si c’est un enlèvement ou un meurtre, c’est autre chose…

L’homme _ Je vous avais dit que c’était une disparition inquiétante…

Le Commissaire _ Vous pensez donc à un meurtre ou un enlèvement ?

L’homme _ Je ne pense à rien, je suis inquiet c’est tout. Pour le reste, c’est plutôt votre métier. Moi je suis juste comptable.

Le Commissaire _ Vous travaillez dans une banque ?

L’homme _ Non, je ne rends des comptes qu’à moi-même…

L’expert _ Ça paie bien comme emploi ?

L’homme _ Cela dépend des mois. Il y a des moments où je me rends plus de comptes qu’à d’autres moments…

Le Commissaire _ En tout cas, dans votre emploi, la clientèle est stable…

L’homme _ Oui enfin, il arrive parfois, mais c’est très rare, qu’on se trouve sans client…

Le Commissaire _ Ah oui ? Mais dans quel cas ?

L’homme _ Quand le client disparait… Mais là, c’est inquiétant.

 

Le rideau tombe.

 

 

Christine

Monsieur l'Agent, je vous dis que je ne sais pas quand je l'ai perdue !

Peut-être hier soir, il est vrai que j'étais très occupée à encourager les joueurs de foot à la télé. De plus, je n'arrêtais pas d'éternuer à cause de mes allergies à répétitions, et je ne me suis rendue compte de rien.

Ou alors ? Peut-être cette nuit, parce que je me souviens avoir rêvé que je conduisais une Ferrari dernier modèle, ma vitesse était excessive, et, à un moment donné, je suis rentré de "plein fouet" dans le mur du voisin !

Le choc a été terrible, ce qui m'a réveillé en sursaut...

Mais bon, ce n'était qu'un rêve, et ce matin, j'ai pris mon petit déjeuner avec mon chéri, comme d'habitude : brioche légèrement passée au grille-pain, nappée de beurre salé et de miel. Un délice ! Vous devriez essayer M. l'Agent, c'est moelleux à souhait !

Bref, j'ai commencé ma journée tout à fait normalement, une bonne douche, un brossage vigoureux des dents,

Et là, M. l'Agent, quelle horreur ! Regardez, attendez que j'ouvre grand la bouche, vous pourrez voir cet énorme trou en haut, à droite ! 

Ma canine plaquée or a disparu !

Je suis désespérée, je n'ose plus parler, je n'ose plus sourire, je compte sur vous, M. l'Agent, mon honneur est en jeu, c'est intolérable!

Eh bien, savez-vous ce que m'a rétorqué ce "malotru" ?

 

« Bof ! Pas grave, ma brave dame, le masque est obligatoire en cette période de pandémie ! »

 

 

Dominique

- Bonjour Monsieur l’Agent, je viens déclarer une disparition ; j’ai perdu mes « vertes années ».

- Ah, ah me fait-il, l’air légèrement goguenard.

Il m’invite à m’asseoir. C’est un homme d’âge mûr, les cheveux grisonnants.

- Et cette disparition date de longtemps ?

- Je m’en suis aperçue ce matin, en me levant.

Depuis quelque temps, je me disais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas.

Pourtant, j’ai passé une partie de cette nuit avec des amis. Nous avons évoqué des souvenirs, chanté, nous avons beaucoup ri, dansé. Bref, nous avons partagé un très agréable moment.

Je me suis couchée, guillerette, le cœur léger, à peine fatiguée. J’ai l’impression d’avoir dormi comme un bébé !

Mais ce matin, lorsqu’il a fallu se lever, ça a été une autre histoire. Je me suis sentie toute drôle ; j’ai eu un mal de chien à sortir du lit et lorsque je me suis regardée dans la glace… un désastre !

Il rit et tente de me rassurer.

- Mais ma p’tite dame, ça arrive à tout le monde ce genre de désagrément ; il ne faut pas vous en faire.

- Tout de même, du temps de mes « vertes années », je ne me souviens pas avoir eu des réveils aussi calamiteux !

Dites-moi, Monsieur l’Agent, pouvez-vous faire quelque chose pour moi ? Ai-je des chances de retrouver mes « vertes années » ?

- Ma pauvre dame, me répond-il l’air un peu gêné, je vais vous faire une confidence. Cela fait quelque temps que j’ai l’impression moi aussi que quelque chose ne tourne plus rond et vous m’avez éclairé : Je pense que tout comme vous, j’ai perdu mes « vertes années » ! J’ai beau me creusé les méninges, je ne sais pas ce que j’en ai fait. Je ne peux vous être d’aucun secours, désolé. Demandez à vos amis, peut-être auront-ils une idée ….

Un peu dépitée, je regagne mon domicile. Je suis le conseil de l’agent et j’appelle mon amie.

Mais enfin, Domi, me répond-elle en rigolant, on en a parlé toute la nuit dernière ; tu ne te souviens pas. Moi aussi, j’ai eu du mal à me lever ce matin et les autres également. Tu ne te souviens vraiment pas de ce que nous nous sommes dits cette nuit ? Nos « vertes années » s’éloignent doucement, mais surement. Mais l’Amitié et les souvenirs sont dans notre tête, pour nous les rappeler. C’est vrai, je m’en souviens à présent et c’est ce qui nous a permis de passer cet agréable moment.

 

Il va falloir que je retourne voir Monsieur l’Agent, pour en discuter avec lui…….

 

 

Marie-Annick

 

Une improbable disparition

Ce matin-là, un mercredi, je me présentai au poste de police après une nuit agitée passée en conjecture, en hypothèse, en analyse de l’événement du mardi soir.

Une disparition ! Et pas des moindres !

J’en avais la gorge tant serrée que je doutais de pouvoir sortir un seul mot. Il me fallait à tout prix recouvrer mon sang-froid. Les phrases se formaient dans ma tête pour tenter de résumer les faits de la veille. La précision avant toute chose me permettrait sûrement d’éviter les parenthèses inutiles, les expressions vagues et leurs pointillés nébuleux.

Résolue, faisant fi de toute hésitation, je poussai la porte du commissariat et annonçai au policier du bureau d’accueil que je venais faire une déclaration très particulière. Il fronça les sourcils en accent circonflexe, dérangé sans doute trop tôt ce matin, et s’en alla chercher son chef.

Ce dernier apparut au bout de quelques minutes que je mis à profit pour savoir comment présenter la chose.

-« Bonjour, Madame. On me dit que vous avez une déclaration d’importance à faire».

J’opinai du chef, trop impressionnée. Il me fixait, les yeux en point d’interrogation.

-« Commençons donc par les formalités indispensables : nom, prénom, adresse ».

J’obtempérai, trop heureuse d’avoir un court délai de réflexion.

-« Je vais prendre note de votre déclaration, et dresser si besoin un procès -verbal, Je vous écoute, Madame».

Sachant la gent policière tatillonne, d’après mes lectures de romans policiers, je ne voulais pas me montrer ni précieuse, ni ridicule, cherchant les termes précis, l’expression adéquate.

« Voilà, commençai-je, les faits se sont déroulés hier soir mardi aux environs de vingt heures.  »

Il m’interrompit :

-« Où donc vous trouviez vous ? »

-« Au Moustoir, Monsieur, à la croisée des routes. »

Raffermissant ma voix, je poursuivis :

« On m’y avait fixé rendez-vous quelques jours auparavant. La nuit était tombée. Je me postai sous le réverbère et j’attendis peu rassurée. Les minutes s’écoulèrent, je scrutai vainement l’obscurité. Rien, toujours rien ! ».

Le policier, me fixant d’un air dubitatif, me demanda alors :

«  Etiez-vous en possession d’un objet, d’un document à remettre ? ».

Interloquée, quelque peu déstabilisée, je le regardai attentivement ; il semblait douter de ma bonne santé mentale.

-« Non, pas du tout. Je n’avais avec moi que mon équipement habituel : un carnet, un crayon et même une gomme ».

Mon interlocuteur perdit patience, me tança vertement d’un ton autoritaire :

-« Que diable, Madame, pouvez-vous me préciser les tenants et aboutissants de cette affaire qui nous vaut l’honneur de votre visite ? Rien dans vos dires ne semblent justifier une déclaration ».

Il ricanait ; derrière le masque, je devinais le sourire sarcastique. Il me prenait pour une folle sans doute.

«  Monsieur, repris-je, n’avez-vous donc pas compris qu’il s’agit d’un événement inquiétant. A vingt heure trente passée, personne ne s’était présenté, la Maison du Moustoir restait dans le noir. Je dus me rendre à l’évidence : l’atelier d’écriture avait bel et bien disparu !

Allez-vous enquêter minutieusement sur cette disparition inexplicable qui met mes idées en sommeil et mes mots en jachère ? »

Il explosa de rire :

-« C’est inutile, Madame, je connais le coupable. Le virus Covid et le confinement qui en découle, ont fait disparaître momentanément l’atelier d’écriture. Stockez donc vos idées et vos mots. Prenez du temps pour reposer vos neurones ».

Trois petites notes de musique me firent sursauter. Je me réveillai brutalement. C’était un mauvais rêve ! Un cauchemar ! Je maugréai, vouai aux gémonies cette Covid diabolique. Dieu merci, cette disparition improbable n’a duré que le temps d’un abominable songe.

Une chose est certaine, le cercle des écrivaines et écrivains du Moustoir n’a pas disparu. Chacun a dû poser cahier, crayon et gomme à côté de l’ordinateur. Chaque semaine l’atelier d’écriture tisse les mots sur la toile.

 

 

 

Didier

 

C’est décidé, ce matin je vais au commissariat de police de mon quartier pour signaler sa disparition.

J’ai mis du temps pour me décider. Mais, il faut tout de même admettre qu’expliquer à un policier que Ma Tour Eiffel a disparu n’est pas chose facile.

Donc, me voici arrivé au commissariat et en face du policier qui me demande pour quelle raison je me présente :

Je viens déposer plainte contre X parce qu’on m’a volé Ma Tour Eiffel !

Incrédulité du policier qui me demande si l’on m’a volé ma Tour Eiffel miniature.

Bien sûr que non, je ne viendrais pas vous ennuyer pour cela !  Il s’agit du vol de la véritable Tour Eiffel.

Mais, Monsieur, la Tour Eiffel n’a pas disparu ! Me répond-t-il. Je le saurais tout de même.

Bien sûr que physiquement la Tour Eiffel n’a pas disparu, mais je viens déposer plainte parce que l’on m’a volé Ma Tour Eiffel !

Monsieur, je ne comprends rien à ce que vous voulez. Qu’est-ce que l’on vous a volé exactement ? Me demande-t-il avec un peu d’agacement.

Je voudrais voir un inspecteur compétent qui puisse prendre ma plainte. A peine avais-je parlé que je me suis rendu compte que je commençais à m’énerver aussi et que je l’avais brusqué. Le dialogue ne démarrait pas très bien. Je me suis calmé et rendu compte que finalement je n’avais pas été très clair dans ma déclaration. Je me suis excusé de mon manque de clarté et je lui ai expliqué. Monsieur, depuis que la Tour Eiffel a été clôturée par ces murs de trois mètres de hauteur, certes en verre, je considère que l’on m’a volé Ma Tour Eiffel et que je ne peux plus flâner quand je veux et où je veux sur l’esplanade !

Se rendant compte qu’il s’agissait d’un problème un peu politisé, le Policier accepta de me laisser rentrer et d’attendre qu’un inspecteur compétent soit libre. Après avoir attendu une demi-heure, un inspecteur bourru me fît entrer dans son bureau.

Bonjour Monsieur, que puis-je pour vous ?

Bonjour Monsieur l’Inspecteur, je viens déposer plainte pour le vol de Ma Tour Eiffel ! Depuis, l’installation de cette clôture en verre,  je considère que l’on m’a volé Ma Tour Eiffel et que je ne peux plus flâner quand je veux et où je veux sur l’esplanade !

Mais Monsieur, vous savez bien pourquoi cet espace a été sécurisé : ceci pour préserver ce monument emblématique de Paris des attentats !

Premièrement, la Tour Eiffel appartient à tous les Parisiens voire à tous les Français ! Deuxièmement, l’avis des Parisiens n’a jamais été demandé sur ce projet de fermeture du site.

Troisièmement, je considère que l’on m’a retiré ma liberté de me promener sur cette esplanade et de circuler sous la Tour Eiffel.

Mais, Monsieur, vous pouvez toujours le faire…

Justement, non ! Si je veux aller voir Ma Tour Eiffel, je dois faire la queue jusqu’aux contrôles, passer sous le portique, me faire palper… Une très grande contrainte qui me rebute. Et de plus, la nuit à partir d’une certaine heure, le site est fermé et inaccessible. Alors que j’adore cette tour, que j’éprouve toujours autant de plaisir à la voir, flâner sous elle et lever le nez pour l’admirer ! Voilà pourquoi je souhaite déposer plainte. Rendez-moi Ma Tour Eiffel !!! Je m’étais encore énervé, j’avais tapé du poing sur son bureau et j’avais un peu postillonné sous le nez de l’inspecteur.

Monsieur, j’ai l’impression que vous n’êtes pas à jeun ! me dit-il après avoir respiré quelques vapeurs. Je vais vous faire passer un test d’alcoolémie et de détection de stupéfiant.

 

Bon. La veille, avec des amis, nous avions fêté un anniversaire qui avait été bien arrosé et j’avais fumé un ou deux joints, ou peut-être plus, je ne savais plus. Les deux tests se sont avérés positifs et j’ai passé le reste de la journée en dégrisement…

 

 

Sophie

 

- Monsieur l’agent, monsieur l’agent, je veux vous déclarer une disparition. Mais voilà que j’ai perdu le fil de mon histoire.

- Calmez-vous nous allons prendre cette histoire depuis le début. Pourquoi venez-vous ici ?

Au fil du temps, j’ai repris ma respiration et de fil en aiguille, j’ai retrouvé le fil rouge de mon histoire. L’agent de police m’a écouté très attentivement en essayant de suivre le fil de mes pensées. Au fil des heures j’ai bien senti qu’il s’était perdu dans mes digressions.

Et au bout d’un moment, il s’exclame :

- Mais c’est une histoire cousue de fil blanc ?

- Je ne comprends pas pourquoi vous dîtes cela.  Il n’y a pas de fil blanc dans mon histoire ! Ah si, un fil conducteur mais ce n’est pas lui qui est la  cause de ma venue.

- Arrêtez, arrêtez, je ne comprends rien. Nous allons essayer de démêler cette pelote de fil ensemble. Si j’essaie de résumer ce que vous venez de me raconter: votre chatte Zoé a filé à l’anglaise avec un fil à la patte et vous avez peur que sa vie ne tienne qu’à un fil car le fil à sa patte va détricoter son chandail et qu’au mois d’avril il ne faut pas se découvrir d’un fil.

 

- C’est tout à fait cela, vous allez retrouver ma petite Zoé s’il vous plaît, Monsieur l’agent ?

 

 

Gérard

 

Hier soir, en me couchant, j’y ai pensé très fort et je me suis dit : « Demain matin, tu vas enfin à la gendarmerie signaler sa disparition, cela ne peut plus durer. »

Ce matin, au réveil, je constate que la nuit a fait son effet : je savais que je devais aller signaler une disparition mais je ne savais plus ce qui avait disparu !

Pas fier de moi, j’ai pris tranquillement mon petit déjeuner mine de rien pour ne pas affoler mon cerveau. Je voulais qu’il me revienne tranquillement, sans brusquerie, oui, comme cela : tranquillement.

Ou bien, autre hypothèse, j’imaginais, s’il le fallait vraiment, le piéger, le surprendre pour qu’il se souvienne subitement, sous la PRESSION, de la disparition qui me préoccupait depuis quelque temps.

Mais rien ne lui revenait ; à moi non plus d’ailleurs.

Alors, j’ai un peu tourné dans la maison. J’ai regardé mes livres, les papiers à trier, le bureau, mon ami l’appareil photo.

Là, j’ai eu comme un déclic : la disparition aurait-elle un lien avec la photo ?

Oui, … mais non.

J’ai trop de photos bien sûr, je les sauvegarde sur des disques durs, elles encombrent l’ordinateur et, tous les jours, je me dis, il faut les trier encore…

Je suis un photographe compulsif, je le sais, mais quel est le lien avec ma disparition disparue ?

Sur le canapé, traîne aussi un masque. Et l’image s’éclaire peu à peu : je ne peux plus photographier des sourires, des rires, des moues ou même des bouches sérieuses. Tout cela a disparu.

C’est évident … mais ce n’est pas ce que j’avais prévu d’aller signaler  à la gendarmerie, hier soir !

C’est terrible de perdre la mémoire !

Ah, mais, bon sang, c’est ça ! Je voulais signaler la perte de ma mémoire !

 

Je vais le noter tout de suite sur un papier et j’irai, demain matin, enfin signaler cette disparition (si je n’oublie pas sur le chemin).