Saison 2 exercice 8

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Dans « Espèces d’espaces », Georges Perec nous apprend comment, ce qu’il y a autour de nous, l’espace, ce qui semble vide, est en fait très occupé. Il est rempli d’objets que nous ne voyons pas toujours, en tout cas notre regard ne s’y attarde pas souvent. Il est aussi rempli de ce que nous y mettons nous-mêmes. Il nous parle ainsi de son lit.

« J’ai beaucoup voyagé au fond de mon lit. J’emportais pour survivre des sucres que j’allais voler dans la cuisine et que je cachais sous mon traversin (ça grattait…). La peur - la terreur même – était toujours présente, malgré la protection des couvertures et de l’oreiller. »

 

À votre façon, décrivez votre lit, ce que vous y vivez, ce que vous y mettez ou les souvenirs d’enfance liés à votre lit.

 

 

Christine

Lit de fer ou lit de bois ?

J'ai vécu les deux options.

Le lit de fer est lié à mon enfance, il faisait très froid, l'hiver, pas de chauffage dans la chambre, dans le Jura!

Je la partageais avec ma sœur ainée, et les nuits se passaient en luttes permanentes pour savoir si je ne dépassais pas le milieu du lit ?

Dans ce cas précis, elle m'administrait un violent coup de pied qui me renvoyait aussitôt sur mon territoire.

Il y avait un énorme édredon rouge et, en dessous, une bouillote remplie d'eau bouillante.

Je restais au fond du lit en permanence, pas question de me lever dans le noir, car ma grand-mère me disait toujours, qu'il y aurait un mauvais diable qui m'attraperait le pied...

A 16, 17 ans, il a été un refuge pour mes larmes, 2 mouchoirs en permanence sous le traversin. Ma sœur était partie de la maison, et je pouvais, à loisir, étendre mes jambes de gauche à droite. 

Et, tous les soirs, je cherchais quelque chose de triste dans ma vie qui me permettrait de jouer aux jeunes filles éplorées, à savoir : pleurer !

Je ne sais pas pourquoi, mais je trouvais que cela faisait romantique !

Le lit de bois m'amène à mon mariage,

Que vous dire ?

Je câline mon chéri, il me réchauffe, plus de coup de pied, au contraire !( mais là, je sens que je vais m'égarer!)

J'y dévore goulûment mes livres préférés. 

Je me lève de temps en temps la nuit, sans allumer, et jamais personne ne m'a attrapé le pied?

Bref, je l'aime mon lit, mais pas trop quand même,

Pas de grasses matinées, car, comme l'a dit quelqu'un, dont j'ai oublié le nom,

 

« L'avenir appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt »

 

 

Dominique

Le lit, c’est avant tout, un meuble.

Un meuble dans lequel nous passons en moyenne 1/3 de notre vie, de la naissance à la mort, pour le meilleur (le repos, les rêves, l’amour) et le pire (les cauchemars, la maladie).

À part dans les salles d’attente et lors de voyage en train, je ne lis pas dans la journée ; la lecture, c’est le soir, quelque soit l’heure, et parfois, un peu le matin, bien installée dans notre lit.

Je lis jusqu’à la fin d’un chapitre ou si je suis fatiguée, jusqu’à ce que le livre m’échappe des mains ! Alors, j’éteins la lumière et Morphée m’accueille dans ses bras, pratiquement aussitôt !

J’ai un souvenir en particulier qui me fait sourire à chaque fois que j’y pense.

Lorsque nous étions toutes jeunes, ma sœur et moi, nous dormions dans le même lit.

Nous nous amusions à « faire la course » ; cela consistait à aller jusqu’au fond du lit, sous le drap et la couverture pour revenir à l’air libre, en riant comme des folles.

Bien entendu, les parents qui dormaient dans la chambre, à côté, appréciaient modérément.

Après plusieurs « sommations » qui n’avaient qu’un effet relatif, notre père surgissait et la fessée tombait, nous calmant alors pour de bon !

Épisode moins drôle, le lit à l’hôpital, allongée plus ou moins confortablement avec des tuyaux partout, les appareils de contrôle qui bipent. La recherche de la position qui permettra de ne plus avoir mal ou du moins d’avoir moins mal.

Plus réjouissant, il y a le lit où l’on se pelotonne, en ronronnant presque, parce que c’est jouissif d’être bien au chaud alors que dehors, il fait froid ou que l’on entend la pluie et le vent et que l’on se sent en sécurité sous la couette !...

Il peut s’en passer des choses dans un lit….. Il y en a même qui aspire à y mourir….

 

 

 

Catherine

Que faire dans son lit ?

Que faire dans son lit, tant de choses peuvent s'y passer ! Mais ne vous inquiétez pas vous ne saurez pas TOUT !

Commençons par le début après être sortie du berceau.

Je crois que le premier journal que j'ai eu entre les mains pour remplacer mon ours, était LA SEMAINE DE SUZETTE dans lequel ma mère écrivait des petits romans ou anecdotes du style, les aventures des scouts de France, des petits romans signes de piste, pas de roman à l'eau de rose ! (Je ne connaissais pas encore trop jeune)

Un peu plus tard les livres d'enfance sont entrés à la maison, la série « les Carolines » « la Comtesse de Ségur » « le club des 5 » etc, ces livres étaient un peu plus pour filles nous étions à cet époque encore que 3 filles !!

Et puis j'ai grandi et au lieu d'apprendre mes leçons je me suis passionnée en me cachant sous mes draps avec une lampe de poche, la SAGA des ROMANOFF, et je me suis transformée dans mes rêves en ANASTASIA fille du TSAR !

Puis j'ai lu un livre qui m'a beaucoup fait pleurer LE JOURNAL d'ANNE FRANCK et puis d'autres.......

Je ne pouvais lire que dans mon lit car la famille s'était agrandit et il y avait trop de bruit dans la maison SIX enfants !

Ensuite je me suis mariée j'ai eu moi aussi des enfants etc. le cercle se referme.

Au final j’ai pris cette habitude de lire uniquement le soir dans mon lit quand tout est calme pas de TELE mais le problème est que maintenant JE M'ENDORS trop vite.

 

 

 

Marie-Annick

Un lit…des lits

 

Un lit n’a jamais fait d’histoires à dormir debout ! Et pourtant il aurait sûrement beaucoup de choses à raconter.

Il y eut beaucoup de lits dans ma vie et tous m’ont fait des sorts bien différents.

Aucun souvenir du berceau de ma petite enfance : l’image s’est étiolée dans le temps. Au fond de ma mémoire persiste le reflet de celui de mes jeunes années tel un cliché noir et blanc. La chambrette, à l’étage, lui accordait l’entière place. J’y gîtais en compagnie de ma sœur Gégé et, chaque soir, nous nous blottissions sous les couvertures et l’édredon rebondi. Nous n’étions pas chauffés et nous nous enfoncions profondément à l’abri du froid et des fantômes que dissimulait la fenêtre borniolée. A tour de rôle, sans doute pour conjurer la peur, nous inventions une histoire où la famille Fenouillard vivait des aventures rocambolesques. On n’en entendait jamais la fin ; le sommeil nous prenait par surprise. Un nouvel épisode naissait le lendemain, aussi bizarre et drôle, sorti de notre imaginaire de gosse ; et toujours l’aventure contée nous emportait au royaume des songes.

Depuis j’ai connu beaucoup d’autres lits, les uns douillets, les autres moins suivant ma vie du moment. Ils ont bercé mes rêves, calmé mes douleurs, soigné mes blues, compati à mes solitudes, aimé ceux qui m’ont accompagné, et bien sûr roucoulé d’amour.

Mon lit d’aujourd’hui est toujours un coin à rêver. J’y flâne à l’abri de ma couette douillette, j’y lis, j’y écris aussi ce qui me passe par la tête.

Mon lit d’aujourd’hui c’est encore un lieu de belle aventure que je ne vous conterai pas.

Un lit, c’est beaucoup plus qu’un meuble à dormir. Veilleur du sommeil, il est là toujours lorsque le cauchemar claque dans le noir, apaisant les craintes nées de songeries lugubres. Quand le rêve devient douceur, légèreté ou féérie, on l’entendrait presque soupirer d’aise au réveil.

 

 

 

 

Didier

Mon lit d‘enfance, pas la petite enfance, la moyenne.

Avec mon frère, nous avions la même chambre toute en longueur.

Dans mes souvenirs, elle était longue mais étroite. Elle comportait deux lits superposés. Il n’y avait pas beaucoup de place entre ces lits et le mur. Toujours dans mes souvenirs, il fallait se mettre de profil pour se glisser entre ce mur et ces lits ! Des lits métalliques superposés avec sommiers ressorts métalliques du genre qui grincent lorsque l’on saute sur les matelas : « grouine, grouine, grouine ». J’adore ce nom de bruit ! Un bruit, c’est masculin ; mais pour expliquer la finesse de ce bruit de sommier, il est absolument nécessaire de faire appel à la délicatesse du féminin.

En extrémité de cette chambre étroite, il y avait une fenêtre au pied de laquelle trônait un coffre à jouet. Des trésors étaient cachés dedans. J’avais une petite voiture que j’adorais : une Jaguar Type E, celle avec le capot avant qui a la moitié de la longueur de la voiture. Les garçons jouent toujours avec les petites voitures. Je l’avais quasiment toujours dans ma poche sauf pour aller à l’école. Etait-ce parce que c’était interdit ou parce que je ne voulais pas la perdre ? Donc, je la rangeais, la cachais quand je ne pouvais pas l’emmener avec moi.

Et le soir, couché dans mon lit, la voiture dans ma main, après avoir fait « grouine, grouine, grouine » et après quelques rappels des parents du type « Ça suffit », je la glissais entre le sommier ressort et le matelas du lit supérieur avant de m’endormir. Le lendemain matin, quel plaisir de la retrouver.

Jusqu’au jour où je ne l’ai plus retrouvée ! L’avais-je perdue ou trop bien rangée ? J’ai toujours cru l’avoir trop bien rangée pour mieux la retrouver. Je l’ai cherchée, cherchée longtemps.

Puis, nous avons déménagé. L’espoir qu’elle ait été emmenée avec les jouets et les vêtements.

Le sort en a décidé autrement pour en faire un souvenir. Je ne l’ai jamais retrouvée !

 

Mais, le pire a été que dans notre nouvel appartement nous avions changé de lit et que nous n’avions plus de sommier métallique, ni de : « grouine, grouine, grouine ».

 

 

 

Christelle

 

Il me tarde d’y aller, dans mon lit…

            Pourtant il n’est pas tard, mais l’hiver, je suis un peu marmotte et j’avoue que j’adore cet instant délicieux. J’ai un pyjama épais et doux. Très confortable et pas du tout sexy. Mais épais et doux.

            Je m’assois au bord du lit, quitte mes chaussons, glisse mes pieds et mes jambes sous la couette que j’enroule bien autour d’eux, façon « sarcophage ». Je suis attentive à ce qu’il n’y ait aucun courant d’air autour de mes chevilles. Puis je m’allonge et attrape, sur ma table de nuit ou brille un réveil à simulation d’aube (parfaitement délicat pour le matin), ma petite crème pour les mains. Je masse dos, paume et phalanges dont l’hiver sèche ma peau. Cette fois, mes mains ne toucheront plus rien : c’est le moment sacré du repos.

            La crème rangée, je me couvre complètement, ne sortant qu’un bras pour faire baisser, progressivement, la lumière. Dernier rituel, je tire bien sur mon haut de pyjama -épais et doux- jusqu’en bas, pour qu’il n’y ait ni plis ni courant d’air. (Quelle maniaque, quand j’y pense ! Mais c’est dans ces détails que se tapit le bonheur.) Et là, moment suprême : le noir !

            L’obscurité est totale, velours pour les yeux. Le matelas me porte, l’oreiller me soutient, la couette me couvre. Satisfaction mêlée de soulagement, délice palpable, sourire franc mais que nul ne peut voir, dernier soupir d’aise. Quel meilleur endroit ?

            Mon lit a toujours été un refuge.

            Quand j’étais petite, ma mère arrondissait le traversin autour de ma tête pour qu’il me fasse un nid. Elle bordait bien les couvertures et je me sentais protégée de tout.

            C’est peut-être la raison de ma petite construction quotidienne.

            Après quelques instants très courts ou mes mains sont posées sur mon ventre, la venue du sommeil m’impose un dernier mouvement : je me tourne sur le côté gauche, invariablement, remontant mon genou droit vers le bord du matelas, je glisse ma main droite sous l’oreiller, paume vers le bas, et ma main gauche revient se suspendre au-dessus de mon épaule droite. Dernière caresse de ma joue sur la taie pendant cette rotation et… ma conscience s’évapore, je quitte ce jour.

 

Bonne nuit !

 

 

Olivier

Il faut savoir raison garder : pas question qu’ici il raconte tout ce que le lit lui inspire, ni les aventures qu’il a pu y vivre. Ce serait par trop inconvenant.

Il peut par contre, évoquer quelques souvenirs d’enfance. De sa petite enfance. L’appartement de ses parents, dans un quartier populaire de Paris, était agencé de telle sorte que sa chambre lui paraissait assez isolée. Et de fait, c’était la seule pièce, avec la cuisine et la salle d'eau, qui donnait sur la cour, à l’arrière de l’immeuble. Le séjour, la chambre de ses parents et celle de ses sœurs donnaient sur la rue.

Aller dans sa chambre, le soir du moins, était donc une aventure qu’il jugeait extrêmement périlleuse. Et le lit dans lequel il plongeait, les couvertures sous lesquelles il rampait, ne lui semblaient en aucune façon un abri sûr.

Il faut dire aussi que la cour de l’immeuble était attenante à celle du commissariat du quartier, et cela n’avait rien, pour lui, de rassurant. Bien au contraire. Dans le silence qu’il scrutait avec anxiété, lui parvenait souvent les rires grossiers et avinés des agents de la force publique. Mais il y avait pire : on était au moment la guerre d’Algérie et le quartier était très fréquenté par des travailleurs Algériens. Les arrestations, les rafles étaient fréquentes et il lui arrivait de distinguer les plaintes et les coups, les cris de rage et de peur, qui témoignaient que tout cela ne se passait pas sans violences.

Malgré son jeune âge, il était conscient de ce qu’il percevait, ou peut-être imaginait. Il avait entendu ses parents, et des amis de ses parents, en parler lors de réunions qui se déroulaient le soir, chez eux. Il se souvient même qu’un soir un des participants, « un Corse qui avait le type Arabe », avait dû être accompagné pour rentrer chez lui, afin de lui éviter de se faire « embarquer par les flics ».

Son lit n’était donc pas, pour l’enfant qu’il était, un territoire serein, un pays de rêves bleus et de lagunes calmes. C’était plutôt une cage à cauchemars. Et quand l’anxiété se faisait terreur, il fuyait cet endroit infernal pour se réfugier dans la chambre de ses parents. Là, honteux, il prétendait avoir une terrible migraine, un « mal de ventre » insupportable. Son père ne se montrait guère à l’aise devant ces terreurs nocturnes, mais sa mère savait les apprivoiser, de mots apaisants et d’un verre d’eau sucrée. Et il reprenait le chemin de sa chambre où il finissait par s’endormir.

Le dimanche matin, un lit ouvrait des horizons plus larges : le lit de ses parents. Il s’y précipitait tôt, pour y être avant ses sœurs, qui ne manquaient pas de s’y vautrer aussi. Lui, ce qui l’intéressait, c’était l’édredon. En s’y mettant à califourchon, il en faisait un cheval fougueux et galopait dans les plaines du Far West, montant à cru, jamais cowboy toujours Indien. À l’appel du petit-déjeuner, il avait bien du mal à abandonner sa monture.

 

Plus tard, son lit sera de plus en plus le territoire réservé de filles et de femmes… Comme on dit maintenant, en « distanciel » ou en « présentiel ».